Zapping cinéma et série TV, épisode 21
Ces dernières années, les studios Pixar n’avait cessé de me décevoir : je n’avais pas été emballé par « Toy Story 3 », « Rebelle » tenait plus du gentillet Disney que du Pixar aux différents niveaux de lecture, à tel point que je n’ai même pas vu « Cars 2 » et « Monstres Academy ». Le grand Pixar semblait avoir disparu avec ses derniers grands films, « Wall-E » et « Là-haut ».
Mais ceci est de l’histoire ancienne car le studio d’animation semble avoir retrouvé la flamme avec ce « Vice-versa » et cette jeune fille en pleine crise d’adolescence que l’on suit à travers les émotions qui dirigent son cerveau : Joie, Peur, Tristesse, Dégoût et Colère, toutes personnifiées par des protagonistes forcément caricaturaux (c’est le but) mais souvent très drôles (mention spéciale au génial Colère). Et c’est surtout la merveilleuse représentation du fonctionnement du cerveau et du rôle des émotions qui font de « Vice-versa » une superbe démonstration de l’inventivité des studios Pixar : souvenirs, mémoire à long terme, pays de l’imagination, pensées abstraites, productions des rêves, c’est toujours inventif, souvent drôle. Il n’est bien sûr pas question de regarder ce film avec le prisme de la rigueur scientifique, mais Pete Docter a accompli un travail remarquable en mettant en images des concepts pas forcément évidents à illustrer. C’est sans doute ce qui fait d’ailleurs que ce film n’est certainement pas le plus simple à appréhender pour les enfants (on passe régulièrement de « l’intérieur » du cerveau de la jeune Riley à Riley elle-même, ce qui risque d’en perdre plus d’un), mais « Vice-versa » n’en reste pas moins un très joli film sur le difficile passage de l’adolescence, une période durant laquelle on découvre que certaines émotions, même a priori négatives, sont tout aussi utiles à notre développement. Vous voilà prévenus : le grand Pixar est de retour !
Sense8, de Andy et Lana Wachowski, Joseph Michael Straczynski
On peut dire que je l’attendais cette série, moi qui continue à avoir la foi en les Wachowski, après leur superbe réussite comme leur plus récent enthousiasmant ratage. Ces réalisateurs sont ambitieux, peut-être trop pour le frileux cinéma hollywoodien, et l’annonce de leur passage au format série TV via le réseau Netflix avec cette collaboration avec Joseph Michael « Dieu » Straczynski (créateur de la série culte « Babylon 5 ») m’a rendu particulièrement enthousiaste.
Et ce « Sense8 » est à la hauteur ! On sent à travers ces histoires semi-imbriquées de huit personnages différents que leur expérience de « Cloud Atlas » leur a servi, mieux elle les a inspirés. Des histoires se passant en des lieux différents dans le monde mais des personnages qui se retrouvent liés puisqu’ils ont la capacité de se voir et d’interagir en faisant fi de la distance qui les sépare, l’influence du film sus-nommé est flagrante : là ou dans le film la séparation était faite par le temps, elle est ici faite par la distance. Et le format série permet aux créateurs du show de prendre leur temps et de développer les histoires de chacun sans en laisser un au bord de la route. Alors bien sûr, certaines sont plus intéressantes que d’autres (on peut par exemple trouver que même si l’histoire de l’Asiatique est « choquante », c’est peut-être celle qui piétine le plus), mais les personnages sont suffisamment variée et « forts » pour captiver. Ce sont leurs histoires qui font la force de la série, finalement plus que le pourquoi du comment de ce lien entre eux, sur fond de thriller fantastique plus ou moins classique.
Des personnages vivants, qui sonnent juste (les couples homosexuels qui ne se cachent pas : les hommes s’embrassent pour de vrai, les scènes de sexe sont présentes, l’un des personnages est une transsexuelle, chose tellement rare sur nos écrans, on sent là l’influence (l’histoire ?) de Lana Wachowski, etc…), le tout magnifié par une réalisation de grande classe soutenue par une bande-son marquante réutilisant certaines chansons bien connues de manière à insister sur ce qui lie les protagonistes (oui je pense à le superbe scène des Four Non Blondes), « Sense8 » a tout de la grande réussite. Seul bémol : l’histoire personnelle de chacun des huit « sensitifs » atteins plus ou moins une sorte de conclusion à l’issue du dernier épisode, et l’accent semble devoir être mis pour la suite sur cette sombre histoire de conspiration-thriller. Espérons qu’on y perde pas au change. Mais en l’état, cette première saison vaut clairement son pesant d’or.
Gone baby gone, de Ben Affleck
Une intrigue policière plutôt glauque sur un enlèvement d’enfant. Voilà de quoi il s’agit. Un film sympathique (si je puis dire pour un film de ce type) et efficace, qui ne soulève pas un enthousiasme débordant mais qui se laisse regarder sans ennui aucun. On voit l’intrigue se dérouler sous nos yeux, on tente de comprendre qui a fait quoi, etc… Le cocktail classique du film policier plutôt noir. Voilà ce que j’ai pensé pendant un peu plus d’une heure et demi sur ce film de presque deux heures.
Et puis vient la toute dernière partie dans laquelle se pose une problématique toute nouvelle que je n’avais pas vraiment vue venir. Et là, c’est the claque. Parce que tout est dit de manière extrêmement claire et subtile à la fois. Et surtout parce que le spectateur ne peut qu’être mal à l’aise devant une situation complexe pour laquelle il n’existe pas de bonne solution. Dérangeant et déstabilisant, « Gone baby gone » ne peut que faire réagir, il me paraît en effet bien difficile de sortir du film et de ne pas réfléchir à cette conclusion. Ma femme et moi n’avons pu nous empêcher d’en discuter.
Voilà ce que ‘est « Gone baby gone » : un bon film doté d’une conclusion implacable, subtile et nuancée, qui remue et prend au tripes en montrant que la morale et l’éthique sont parfois bien difficiles à situer. Superbe.
J’ai beaucoup aimé Vice Versa, tant pour la réalisation que pour le scénario soigné. Je n’y vois pas les mêmes difficultés que toi pour les enfants, car justement, la personnification des sentiments peut aider à mieux les comprendre ; tout comme les valeurs indispensables au développement d’une personne (je pense alors qu’il peut être recommandé aux enfants atteints d’autisme léger).
Je n’ai vu que le premier épisode de Sense8, je l’ai trouvé un peu long mais ta critique me rassure sur la qualité de la suite 🙂
Oui, c’est vrai, mais je ne sais pas si les enfants arrivent à comprendre les deux niveaux d’intrigue du film, et que tout cela se rapporte à la même personne : Riley. mais ça dépend évidemment de l’âge des enfants.
Pour Sense8, tu peux continuer c’est très bon, mais ça ne fait effectivement pas dans le spectaculaire, ce sont les personnages avant tout. Ceci dit, il faut un peu s’accrocher sur les 3-4 premiers épisodes. Mais ça vaut vraiment le coup. 😉
Misère tu donnes envie pour Gone Baby Gone. (Je dis misère car déjà que je ne regarde pas mes DVD, je ne vois pas comment faire pour regarder ce qu’il y a sur Netflix. ^^)
Dans Vice-Versa j’ai préféré Peur…. 🙂
Pour Netflix, il faut être honnête, c’est un peu pauvre côté films. Un grand cinéphile (ce que je ne suis pas) n’y découvrira pas grand chose. Mais quelque soit le support, il faut que tu découvres « Gone baby gone », c’est excellent.
Le « pire », dans « Gone, Baby, Gone », c’est que cette toute fin du film, ce truc qui t’envoie une belle claque, ben elle n’est pas dans le livre. Ce qui fait que je trouve le film supérieur à celui-ci parce qu’il va jusqu’au fond de la question là où la conclusion du livre est plus nette, moins dérangeante…
Effectivement le sujet est très bien abordé, sans être moralisateur puisque les deux faces de la pièce sont présentées sans jugement. À chacun de réfléchir à ce qu’il ferait en pareille situation, et c’est très difficile de trancher.
C’est la grande réussite du film, et je comprends que si cela n’apparaît pas de manière aussi réussie dans le roman, ça donne une plus grande valeur au film. C’est rare mais ça arrive, tant mieux pour ce film. 🙂
Sense8 et Vice-Versa sont très très bien. Et tu m’as donné envie de rattraper Gone baby gone du coup ^^
On est d’accord. 😉
Tu me diras pour « Gone baby gone ». 🙂
Pareil que les autres, j’approuve Sense8 et Vice-Versa sans réserve, et je crois que du coup je vais regarder Gone Baby Gone sans trop tarder, vu que la série dont c’est tiré – Kenzie et Gennaro – fait partie de mes polars préférés.
Ben pareil alors.^^
Je ne connais pas le roman (ni la série de romans) à l’origine du film, mais si c’est aussi bon ça doit valoir le coup.
Que du bon dis donc et visiblement tu crées des émules pour Gone baby gone, ce qui est très bien.
Je vois ça oui, j’espère que les retours seront bons…^^
[…] Vice-versa, réalisé par Pete Docter et Ronaldo Del Carmen avec les voix françaises de Charlotte Le Bon, Pierre Niney, Mélanie Laurent, Gilles Lellouche, Marilou Berry. Après avoir vu Le Voyage d’Arlo et avoir été matraquée par cette information cruciale « par les créateurs de Vice-versa« , il paraissait logique de rattraper ce film. Si Arlo était gentil, qu’en était-il de Vice-versa, film qui a cartonné avec plus de 4 millions d’entrées en France ? Et bien la réponse est : c’est tout aussi pétri de bons sentiments, mais c’est aussi beaucoup plus riche et humoristique, même si bourré de cliché (à commencer par le physique de chaque émotion qui manque un poil de finesse). Un coup d’oeil au synopsis : Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie. On sourit beaucoup, on rit parfois, les scénaristes savent exactement où placer les séquences « émotions » et garder le spectateur sous tension. Les aventures vécues par les émotions dans les couloirs labyrinthiques du cerveau sont captivantes et il est intéressant de voir les mécanismes en fonctionnement dans ce dernier. Si vous voulez un avis constructif, il faut demander à un dragon ou au grand Lorhkan. […]